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La planète des sages

Le Figaro Madame
Patricia Boyer de Latour

Jean Vanier : « Aimer quelqu’un, c’est révéler la beauté en lui. »

« J’ai toujours réfléchi à une société plus humaine et aux chemins à prendre pour libérer nos peurs. Le livre que Julia Kristeva et moi avons écrit, Leur regard perce nos ombres, chez Fayard, porte cette espérance. Les Signes des temps, à la lumière de Vatican II, chez Albin Michel, poursuit la réflexion. Être sage, c’est aimer la réalité, l’accueillir et la comprendre. Nous sommes tous pleins de fragilités, de violences. Nous sommes tous faits pour vivre, nous affaiblir, mourir. Nous voudrions l’oublier, mais la vérité est là. Or, nous vivons dans la tyrannie de la normalité. Pourtant, ce dont nous avons le plus besoin, ce n’est pas d’être normal, c’est d’être aimé !

Dès l’enfance, nous sommes engagés dans une course pour être plus performant que les autres au risque de nier notre humanité. La sagesse est de prendre conscience que chaque être est beau. Aimer quelqu’un, c’est lui révéler la beauté qui est en lui. Quand on est humilié, parce qu’on est différent, on a d’abord besoin d’une présence vraie à ses côtés, c’est-à-dire de quelqu’un qui sait écouter avec un cœur humain. Je me souviens être allé au Chili et, sur la route de l’aéroport, la personne qui me conduisait au centre de Santiago m’a fait remarquer que d’un côté de la rue, il y avait un quartier résidentiel et, de l’autre, des bidonvilles… Personne ne traversait.

À Bethléem, derrière le mur qui sépare Israéliens et Palestiniens, il y a ‘toi’, un être humain que je peux rencontrer. Les larmes des mères sont les mêmes… Il s’agit d’avoir des yeux qui ne s’arrêtent pas à la peur pour aller vers la beauté de chaque vie. Et mieux vaut être accompagné par une communauté d’autres humains, car ‘it’s a long way’… »