Une marche au bord de la mer

Mars 2017

Nous voilà en chemin vers Pâques, la fête d’une nouvelle naissance. C’est aussi le printemps, mais n’oublions pas que dans l’hémisphère sud, c’est l’hiver qui se prépare. Ici à Trosly, quelle joie de voir apparaître les pâquerettes, les primevères, les feuilles des arbres d’un vert si doux et si clair, et les oiseaux qui commencent à chanter.

Mais pour notre monde, où est le printemps ? Avec toutes ces situations que nous connaissons en Syrie, en Irak, l’expansion des implantations israéliennes, les craintes du terrorisme, l’effervescence autour des présidentielles, les difficultés de l’économie, les pauvres qui deviennent de plus en plus pauvres. Et avec tout cela, où va l’Amérique et quel avenir pour l’Europe ? Tant et tant de questions ! Où est le printemps d’un monde nouveau ?

Regarde, regarde bien ceux qui se lèvent à la suite de grands noms comme Nelson Mandela (28 ans de prison et jamais il n’a douté que la justice triompherait sur l’injustice), Martin Luther King et Dorothy Day aux États-Unis, Sophie Scholl en Allemagne, Justin Welby (l’Archevêque de Canterbury), le Pape François, et tant d’autres grands noms qui œuvrent pour qu’il n’y ait plus de séparation entre les riches et les pauvres. Tant de personnes aujourd’hui œuvrent pour l’unité de la grande famille humaine, en cherchant à faire des œuvres de paix, à rencontrer des gens blessés par l’abandon, le rejet et l’angoisse, et d’autres qui cherchent à libérer notre Terre Planète des abus et de l’avarice. Et tant de merveilleuses associations soutiennent des projets locaux dans des pays où la grande misère demeure, et viennent en aide aux réfugiés et aux immigrants.

Beaucoup recherchent une vraie fraternité universelle et des rencontres entre des personnes de religions différentes. De nombreuses petites communautés naissent, parfois centrées sur une vie de foi et sur une recherche de justice et de paix. Je pense à des communautés comme l’Association pour l’Amitié (APA) et l’Association Lazare où des volontaires et des hommes et des femmes de la rue vivent ensemble dans de petites communautés qui libèrent, guérissent et donnent espérance à tous.

Il y a aussi toutes ces personnes dans le monde de la santé, dans les entreprises qui cherchent à mettre l’humain au cœur de leur organisation et de l’économie. Oui, un printemps s’annonce, peut-être encore fragile malgré les ténèbres souvent annoncées par les médias. Dieu est là au cœur de notre terre, au cœur de notre monde. Il attend que nous ouvrions nos cœurs pour qu’il puisse se révéler davantage, à travers chacun de nous, comme acteur de bonté et de paix.

Certes, la paix est entre les mains des politiques et des militaires, et d’autres personnes qui portent des responsabilités et œuvrent pour qu’il y ait plus de justice et de vérité. Mais n’est-elle pas entre les mains de chacun de nous, personnellement ? Chacun est responsable de créer des liens avec des gens différents, c’est-à- dire de dépasser les frontières qui séparent les êtres humains de différentes cultures, religions, capacités et même d’idées.

Tina Bovermann, responsable des communautés de L’Arche aux États-Unis, a écrit à la suite des élections qui ont beaucoup divisé les Américains : « Si nous croyons vraiment à notre mission de créer des relations, de vivre l’espérance et l’unité à travers les différences, alors aujourd’hui, plus que jamais, ne devons-nous pas aller vers ceux qui sont marginalisés ? Sommes-nous à l’écoute de l’autre, si oui, qu’est- ce que cela nous apprend ? »

Dans notre monde si divisé, ne sommes-nous pas appelés, chacun de nous, à œuvrer pour l’unité dans nos communautés de L’Arche, de Foi et Lumière et d’autres, à aller vers les personnes avec qui nous sommes moins à l’aise pour les écouter et les respecter ? Oeuvrer pour l’unité et le respect de chaque personne demande un vrai travail sur soi et une intériorisation réelle.

En ce moment, je suis touché par deux personnes, très différentes, qui œuvrent pour la paix. Vera Baboun, une femme palestinienne qui est maire de la ville de Bethléem et dont la devise est « De la souffrance, apprendre à faire naître la grâce ». Elle a écrit son témoignage dans un livre magnifique : Pour l’amour de Bethléem, ma ville emmurée. Yakir Englander, juif d’origine hassidique vivant à Jérusalem, cherche à aider des jeunes juifs et des jeunes palestiniens à se rencontrer pour œuvrer ensemble pour des personnes qui vivent dans la pauvreté. Des deux côtés du mur qui sépare Israël et la Palestine, ces jeunes œuvrent pour la paix.

Comment chacun de nous peut-il devenir un artisan de paix ? J’aime la Parole de Dieu qui dit à Noé, quand celui-ci et toute sa famille sortent de l’Arche : « Voici le signe de l’alliance que j’institue entre moi et vous et tous les êtres vivants, pour les générations à venir : je mets mon arc dans la nuée et il deviendra un signe d’alliance entre moi et la terre. » (Gn 9, 12). Chaque fois que je vois un arc-en-ciel je me souviens de cette promesse de Dieu. Dieu a noué une alliance avec chaque vivant. Il veille sur nous. Une nouvelle naissance d’amour est en train de surgir, à travers l’amour que Dieu nous donne. Ouvrons-lui nos cœurs.

Je suis heureux de vous dire que malgré mon âge, je me porte le mieux possible ! La tête va plutôt bien, les jambes traînent un peu; je fais tout ce que je peux pour les aider à garder leur vitalité. Je continue à donner des retraites à la Ferme. Une de mes joies a été de donner dernièrement une retraite aux personnes de Foi et Lumière de Moscou et de Saint-Pétersbourg, une autre aura lieu avec nos amis de Scandinavie, puis suivra celles des membres de Foi et Lumière de Russie et d’Ukraine ensemble. À travers ces retraites, j’aime dire et redire que Jésus, le Verbe qui s’est fait chair, vulnérable et faible, est venu pour nous révéler l’amour, nous apprendre à aimer nos ennemis, à pardonner et à découvrir que nous sommes guéris par ceux qui sont les plus exclus et les plus rejetés, si nous vivons une relation amicale avec eux.

Une autre petite nouvelle : le premier janvier 2017, je suis allé en Bretagne pendant 14 jours, tout près de notre communauté du Caillou Blanc. Ces journées étaient extraordinaires de repos et de marches près de la mer, avec des temps de prière et de lecture. Avoir des vacances est une chose extraordinaire.

Priez que je vive un printemps intérieur, comme je prie avec chacun de vous. Que nos coeurs soient printemp s!

Comme un pauvre humain, je t’embrasse,

Jean

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