Quelques fleurs au sol

Mai 2018

Dans mes lettres précédentes je vous ai souvent partagé mon émerveillement pour les oiseaux, cette fois je vais vous parler des fleurs. Début mai, il y a du soleil, il fait beau. Je marche chaque jour dans mon petit jardin, les yeux tournés vers le bas car je dois faire attention où je marche, alors je vois les primevères. Il y en avait déjà en décembre, mais maintenant c’est une vraie floraison de primevères. Imaginez-vous toutes les couleurs de l’arc en ciel. Bien sûr il y en a beaucoup de couleur blanche, jaune, bleu très foncé, mauve et puis de temps en temps, une rouge pourpre, avec au cœur un jaune très vif. C’est toute une fête ! De plus, une grande partie de la pelouse est couverte de centaines de pâquerettes. Leurs pétales sont comme des bras, grands ouverts, qui font penser à Dieu qui a les bras ouverts pour chaque être humain car Il aime chacun.

Autrefois je méprisais les pissenlits, je les trouvais tout juste bons pour le compost, c’est tout. Maintenant je les vois autrement. Ils sont rayonnants avec leur regard jaune et leurs feuilles mangeables dans de bonnes salades. Personne n’a planté ces pissenlits, ces merveilleuses pâquerettes, ces primevères et personne n’a arrosé ces fleurs et pourtant elles sont là. Ces fleurs chantent la gloire de Dieu.

Notre terre est comme une mère, la vie circule et jaillit silencieusement.

Je profite beaucoup du silence depuis mes soucis de santé en octobre dernier. Durant la matinée je reste dans ma chambre à l’étage de mon petit ermitage; je consacre mon temps à la prière, à la lecture de la Bible et du livre de Pagola sur Jésus. Bien sûr, le silence n’est pas un but en soi, il est le désir et le fruit d’une rencontre avec le Dieu de la bonté, révélé par Jésus et son Évangile. J’aime demeurer avec Lui qui aime chaque être humain, chacun différent par sa culture, son âge, sa religion, son histoire, ses fragilités et ses forces. Il est le Dieu de la vie qui désire tant que chaque être humain s’épanouisse réellement et vive, spécialement ceux et celles qui sont les plus faibles et les plus rejetés.

Je ressens parfois un peu la blessure du cœur de Dieu. Blessé par toutes les divisions, les haines, les violences, les peurs et les immenses pauvretés et injustices. Mais, en même temps, il y a tant et tant de gens qui cherchent à œuvrer sur les voies de l’unité, de la paix et de la justice. Partout il y a de bonnes personnes.

Mes rencontres matinales avec Dieu sont très douces, je me sens heureux dans ma nouvelle vie, je me sens aussi tant aidé et soutenu par Odile, par la Ferme, par ma communauté et les quelques rencontres que je peux faire durant les après-midi. Mon état de santé est aussi bon que possible, le docteur m’a dit que mon cœur allait très bien pourvu que je ne fasse rien. Alors j’attends l’avenir en vivant le plus possible l’instant présent. Je ne donne plus de conférence, ni de retraite mais j’ai des petits projets comme faire des vidéos de 4min30 sur ce que j’ai appris à Foi et Lumière et à L’Arche.

J’ai essentiellement appris la beauté et l’importance de la famille humaine à travers le monde, et la beauté de chaque personne. Chacun avec son innocence primale cachée au plus profond de son être mais souvent blessée par la vie et qui devient alors colère, agressivité, dépression et perte de confiance en soi. Cette innocence primale attend d’être éveillée pour que chacun de nous découvre le sens de sa vie. N’est-ce pas le but de nos communautés : être transformé par la présence de ceux qui ont subi l’humiliation ?

Dans une conférence de presse, en revenant du Bangladesh, le pape François a répondu à la question d’un journaliste sur la priorité entre l’évangélisation et le dialogue. Il a répondu qu’il ne fallait pas opposer les deux. L’évangélisation ce n’est pas faire du prosélytisme mais témoigner de la façon de vivre l’Évangile. Vivre comme le Bon Samaritain, pardonner 70 fois 7 fois, aimer ses ennemis, etc. Le dialogue c’est rencontrer réellement l’autre, tel qu’il est, l’écouter vraiment. Vivre l’Évangile, une bonne nouvelle pour les pauvres, c’est le cœur de tout.

Merci à chacun de vous pour vos cartes de vœux pour ma santé mais surtout, merci pour vos prières.

Je prie et me sens en communion avec chacun de vous.

Jean

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