Jean en bonne compagnie

Janvier 2018

Depuis le 10 novembre, je suis de retour dans ma petite maison située à côté de La Ferme et de la chapelle de la communauté de L’Arche à Trosly. Je vous avoue que je suis heureux, ma vie est tranquille et physiquement je vais bien, malgré une grande fatigue. Comme mon cœur demeure très fragile, j’attends qu’il se fortifie. Odile Ceyrac et Christine McGrievy, la responsable de ma communauté de L’Arche à Trosly, m’ont beaucoup soutenu et elles continuent de veiller sur moi pendant cette période de convalescence qui a été prolongée jusque fin février.

Je passe mes matinées au repos, en priant et en lisant, dans ma chambre au premier étage. De ma fenêtre, j’ai beaucoup de joie à contempler les oiseaux. Un grand corbeau se plante souvent tout en haut de l’arbre à côté de la fenêtre. Il surveille tout avec un air très préoccupé. Il semble être un chef de bande ! D’autres oiseaux, plus petits, virevoltent à toute vitesse à droite et à gauche. Des oiseaux minuscules demeurent aussi dans l’arbre. Ce sont des roitelets et ils sont magnifiques. Il y a aussi des mésanges et puis des bandes de moineaux qui semblent voyager par groupe de douze. D’autres encore vont et viennent comme ces petites tourterelles. Figurez-vous qu’hier j’ai même vu deux oiseaux qui avaient comme un chapeau rouge. Ils avaient l’air de clowns, je ne sais pas ce qu’ils faisaient mais la plupart du temps ils avaient l’air si drôles. Et en ce début janvier à Trosly, des pâquerettes commencent à pousser ! Est-ce le signe du printemps qui arrive ?

J’ai dû annuler toutes les retraites et conférences que je devais donner à La Ferme et ailleurs. Antoine Paoli, le responsable de La Ferme, qui lui aussi m’a beaucoup soutenu, a maintenu les retraites à La Ferme en faisant appel à de merveilleux remplaçants. L’annonce de la grâce de L’Arche et de l’Évangile continue et j’en suis très heureux.

En octobre, lorsque j’étais encore à l’hôpital, j’ai senti qu’une nouvelle étape de ma vie commençait, une vie faite davantage de prière, de silence, de lectures, de solitude et de quelques rencontres. J’ai cru que c’était comme une bonne fin après une vie très active avec L’Arche et Foi et Lumière. Maintenant j’ai l’impression que ce n’est pas une fin mais un commencement. Un commencement vers quoi ? Dieu seul le sait, il est le Dieu des surprises ! J’attends toujours du nouveau. Chaque jour est une nouvelle journée pour mieux connaître Dieu, mieux aimer Jésus et œuvrer pour le Royaume de Dieu et pour la paix pour notre pauvre monde. Je découvre que je ne sais pas prier mais on m’a toujours dit que désirer prier est déjà une prière et je le désire beaucoup. Je désire mieux connaître Jésus. Un jour, j’ai demandé à une religieuse contemplative comment elle priait. Elle m’a répondu : « J’attends Jésus ! ». Alors, j’attends avec beaucoup de désir, d’espérance et de patience, je voudrais tant le connaître mieux et être plus uni à son cœur qui aime chaque personne. Apprendre à aimer comme Dieu aime chaque personne de notre grande famille humaine à travers le monde, chacune avec ses blessures, sa culture, ses souffrances, sa religion, ses attentes, ses espérances, ses lassitudes.

En attendant je lis deux livres : Jésus – Approche historique écrit par José Antonio Pagola et Jésus et les déshérités de Howard Thurman (en anglais seulement).

Le premier est un théologien et un historien de très grande envergure, qui connaît très bien Israël à l’époque de Jésus. Comment Jésus a-t-il annoncé une bonne nouvelle aux Galiléens alors qu’ils étaient horriblement persécutés par les Romains, tyrannisés par Hérode, meurtris par les gens du Temple, malmenés par les riches du pays qui leur imposaient de plus en plus d’impôts ? Jésus allait vers ces pauvres et leur disait : « Le Royaume de Dieu est avec vous ! ». Il les transformait en leur révélant qu’ils étaient aimés de Dieu et que le bonheur venait en aimant avec tendresse et avec compassion tous les autres.

Le deuxième, Howard Thurman, est un pasteur noir américain, petit-fils d’un esclave. Il parle de son peuple souffrant, écrasé et comment ce peuple a pu comprendre et connaître la religion des blancs qui les persécutaient. Alors je pense à ces esclaves si souvent écrasés et à ces Galiléens à qui Jésus parlait, un monde de souffrance. Aujourd’hui il y a tant et tant d’affligés qui se demandent où est Dieu. Ma prière va vers tous ces gens accablés et souffrants dans un monde où il y a tant de personnes immigrées, réfugiées, isolées, emprisonnées. Dans ma vie, plutôt confortable, j’offre cette nouvelle étape pour toutes ces personnes. Que le Royaume de Dieu vienne ! Ce royaume d’amour où chacun se découvre aimé de Dieu et appelé à aimer les autres.

En ce début d’année, nous avons eu la joie de recevoir la visite de Nayla Tabbara qui a fondé Adyan avec le Père Fadi Daou. C’est un centre à Beyrouth qui aide les musulmans à connaître la foi chrétienne et les chrétiens à connaître l’Islam. Elle est venue à La Ferme nous donner une conférence sur l’unité. Une très belle conférence. Elle est musulmane sunnite, avec un immense désir d’aider les chrétiens et les musulmans à mieux se connaître et à découvrir la valeur de chacun. Je pense souvent à elle et à tous ces Musulmans et ces Chrétiens qui œuvrent pour l’unité et la compréhension mutuelle. Il y a tant de personnes qui créent des divisions mais heureusement, il y en a d’autres qui veulent œuvrer pour le dialogue et la rencontre.

J’ai eu la joie de passer un merveilleux déjeuner de Noël dans mon foyer du Val Fleuri où comme chaque année, j’ai flambé un Christmas pudding qui n’est pas toujours très apprécié en France.

Je voudrais chanter un grand, grand merci à chacun d’entre vous, mes frères et mes sœurs de nos communautés de L’Arche et de Foi et Lumière et tant d’autres amis, qui m’avez envoyé vos vœux pour Noël : une bonne santé, une nouvelle année bonne, sainte et heureuse.

Merci, merci, hélas, je ne peux répondre à chacun comme je le voudrais mais sachez que chaque carte ou lettre reçue est immédiatement transformée en un moment de communion, d’amitié et de prière. Oui, merci à Dieu pour notre très grande famille à travers le monde, qu’Il a suscitée et qu’Il nous a donnée.

Pour cette nouvelle année, que le Dieu de la paix nous bénisse et qu’il fasse de chacun de nous un artisan et un messager de paix. Je vous garde dans mon cœur et mes prières,

Jean

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