Image de la rencontre à Paris

Janvier 2015

Je voudrais commencer cette lettre en te disant un très grand merci !

Vous avez été si nombreux à m’écrire pour mon anniversaire, et aussi pour me souhaiter beaucoup de joie et de paix à l’occasion des 50 ans de L’Arche, de la naissance de Jésus à Noël et de la nouvelle année. Hélas je n’arrive pas à vous répondre individuellement mais je voudrais par cette lettre, même si c’est une lettre circulaire, m’adresser de manière personnelle à chacun.

Je me sens en communion avec toi, et je prie avec toi dans une action de grâce pour tout ce que Dieu nous donne.

Avec une nouvelle année, on espère toujours quelque chose de neuf. C’est comme une espérance, non seulement que les choses iront mieux dans le monde et dans nos sociétés, que nous aurons plus d’aide, plus de communautés, plus de santé, plus et plus… etc. C’est surtout une espérance que nos cœurs recevront un nouvel amour.

N’attendons-nous pas comme une libération ? Une libération de nos enfermements, de nos sentiments de culpabilité, de nos émotions négatives, de nos compulsions à gagner et à être considéré comme le meilleur. Dans ce désir d’être libéré se cache l’espérance de retrouver l’essentiel à l’intérieur de nous : l’enfant qui est en nous. Au plus profond de nous, nous sommes tous des enfants qui avons besoin d’être aimés, d’être une source de joie, de vivre des relations habitées par la joie, par la communion et par une présence mutuelle. Oui, nous avons tous soif d’être libérés, de trouver une nouvelle source de vie dans un cœur à cœur avec Dieu.

Par cette lettre je voudrais te souhaiter une très « bonne année », ainsi qu’à tous ceux de L’Arche, de Foi et Lumière et à tant d’amis !

Que cette nouvelle année soit comme une nouvelle naissance où nous trouvions un amour nouveau et une énergie nouvelle. Prions ensemble pour davantage de paix dans nos cœurs, dans nos communautés et dans notre monde. Puissions-nous être des hommes et des femmes qui sachent faire tomber leurs barrières de peur, s’ouvrent aux autres différents et deviennent des agents de réconciliation pour célébrer la vie qui nous est donnée.

Nous sommes tous dans la joie surtout pour ces 50 années de L’Arche. Je vous avoue que je reste très ému par ces années de croissance et de vie, et par les célébrations que nous avons vécues dans chacune de nos communautés et chacun de nos pays.

Au mois de mai, j’ai participé à la grande célébration qui a eu lieu à Paray-le-Monial en France, je vous en ai dit quelques mots dans ma dernière lettre. Nous étions 2000 de L’Arche dans ce lieu de pèlerinage; nous avons pu vraiment retracer notre histoire avec des chants de joie.

Et puis, le 27 septembre à Paris, nous avions la grande rencontre à la place de la République. Nous étions 7000 amis et membres de L’Arche et de Foi et Lumière. Il y avait Philippe Pozzo di Borgo qui a un très lourd handicap et que certains connaissent à travers le film « Intouchables ». Philippe a une façon si particulière de parler de l’amitié, de la joie et de l’espérance, lui qui est dans sa chaise roulante et souffre beaucoup.

Nous avons écouté et chanté, avec le chanteur Grégoire, sa chanson toute simple : « allez, venez et entrez dans la danse ». Nous étions 5000 à marcher boulevard Sébastopol, bien sûr avec la permission de la Mairie de Paris car la circulation a dû être arrêtée pour nous. Les gens qui nous voyaient passer croyaient que nous étions une manifestation contre quelque chose. Nous avons pu leur dire que nous manifestions pour dire notre joie d’être ensemble.

Début octobre, il y a eu les trois jours de fête de la communauté de Trosly qui avait invité deux représentants de la première communauté de L’Arche dans chacun des pays à travers le monde. Chaque binôme était composé d’une personne fragile et d’un assistant. Et ces 70 personnes en tout venaient de loin : de la Nouvelle Zélande, de l’Australie, du Japon, de l’Inde, des Philippines, de l’Amérique Latine, de l’Amérique du Nord, d’Afrique et bien sûr de tous les pays d’Europe. C’était une fête internationale, une action de grâce. Christine McGrievy a merveilleusement organisé cette très belle fête. Le dernier jour, nous étions 560 personnes ensemble sous une immense tente pour partager un repas festif. Vous imaginez la joie !

Le 8 décembre, la fête a continué lorsque Jean-Pierre Crépieux, la quatrième personne accueillie aux débuts de L’Arche à Trosly-Breuil, a été reçu à l’Elysée, le palais présidentiel. Il a reçu en même temps que 7 autres « grands personnages » la Légion d’honneur des mains de François Hollande. Dans son discours, le Président a parlé avec une chaleur particulière de Jean-Pierre. Nous étions plusieurs à l’entourer lors de cette belle célébration : il y avait des représentants des communautés d’Ambleteuse (où il vit depuis 1972), de Trosly (où il est arrivé en 1964) et de toute la France. Bien sûr Philippe Seux était là. Les médias en France ont beaucoup parlé de Jean-Pierre et de L’Arche ! Jean-Pierre est la première personne avec un handicap mental ayant reçu la Légion d’honneur. Grâce à lui certaines personnes commencent à avoir une nouvelle vision de la personne avec un handicap.

L’année du jubilé de L’Arche est terminée, nous avons fêté Noël et la nouvelle année, la vie quotidienne recommence avec toutes ses joies et ses peines. Merci à Dieu qui veille sur nous, merci à chacun de ceux qui ont participé et participent aujourd’hui à cette vaste famille à travers le monde. Merci pour tant de personnes qui ont vécu une libération de leurs peurs et de leurs difficultés à aimer et à s’ouvrir aux autres.

Depuis la fin de la guerre 39-45, il y a eu un énorme changement dans nos sociétés, un progrès, car chaque personne est davantage considérée comme unique et importante. Cette prise de conscience s’est réalisée après la découverte abominable d’Auschwitz, des camps de concentration en Allemagne comme en Union soviétique. Et aussi après l’explosion de la première bombe atomique jetée sur Hiroshima où 100 000 personnes ont été tuées d’un seul coup, avec des dizaines de milliers d’autres qui sont mortes plus tard à cause des radiations.

Cette prise de conscience que chaque personne est importante – quels que soient sa culture, sa religion, son âge, son handicap visible ou non et son orientation sexuelle – est un énorme progrès. Cette vision de la valeur de chaque personne est à l’origine de L’Arche : chaque personne est précieuse. Cependant, à notre époque, on peut oublier qu’une personne est précieuse, non par sa réussite personnelle mais par sa relation de communion avec l’autre, nous avons besoin de l’autre pour être vraiment humain. Pour devenir tous responsables et s’ouvrir aux autres dans une relation amicale il faut savoir vivre avec d’autres en famille ou en communauté. La communauté n’est pas un groupe de personnes enfermées sur elles-mêmes et qui se croient les meilleures. Elle est un groupe d’hommes et de femmes qui veulent apprendre à aimer et à ouvrir leur cœur aux autres. Peut-être que chacun de nous peut apprendre à être plus accueillant aux personnes de son quartier et surtout celles qui vivent seules. La communauté est une école d’amour, de pardon et de réconciliation. Cela implique que nous soyons tous transformés, libérés de nos enfermements, de nos compulsions, de nos peurs et de nos préjugés.

J’aimerais vous partager une prière écrite par ma sœur Thérèse quand elle avait 80 ans. C’est comme un testament qu’elle nous a laissé :

Que les opprimés et ceux qui les oppriment se libèrent réciproquement.
Que les personnes avec un handicap et celles qui pensent ne pas l’être, s’aident mutuellement.
Que ceux qui ont besoin d’être écoutés, touchent le cœur de ceux qui sont trop affairés.
Que les sans-logis apportent la joie à ceux qui ouvrent leur porte avec réticence.
Que les personnes isolées guérissent le cœur de ceux qui pensent pouvoir se suffire à eux-mêmes.
Que les pauvres attendrissent le cœur des riches.
Que ceux qui cherchent la vérité donnent vie à ceux qui sont satisfaits de l’avoir trouvée.
Que les mourants qui ne veulent pas mourir soient réconfortés par ceux qui trouvent qu’il est difficile de vivre.
Que les mal-aimés puissent ouvrir les cœurs de ceux qui ne savent pas aimer.
Que les prisonniers trouvent la vraie liberté et libèrent les autres de la peur.
Que ceux qui dorment dans la rue partagent leur tendresse avec ceux qui n’arrivent pas à les comprendre.
Que ceux qui ont faim enlèvent le voile qui couvre les yeux de ceux qui n’ont pas faim de justice.
Que ceux qui vivent sans espoir, purifient le cœur de leurs frères et sœurs qui ont peur de vivre.
Que les faibles confondent les forts et les sauvent.
Que la violence soit dépassée par la compassion.
Que la violence soit absorbée par des hommes et des femmes de paix.
Que la violence cède devant ceux qui sont totalement vulnérables.
Que tous, nous soyons transformés.
Amen

Cette prière dit bien ce qu’est L’Arche et rejoint ce que disait Lytta Basset il y a quelques semaines à Trosly. Cette théologienne et psychothérapeute suisse est venue nous dire l’importance que chaque être humain soit regardé avec bienveillance. Quelqu’un lui a alors demandé comment on pouvait être bienveillant envers les Djihadistes ! Elle a répondu : « Il est important de prier pour chacun, pour que leur vraie humanité puisse surgir et qu’ils ne demeurent pas enfermés dans la violence folle. » L’important est que nous soyons tous transformés et que nous ouvrions nos cœurs aux autres.

Je t’embrasse et te demande de prier pour moi et pour nous tous.

Que Dieu continue à nous transformer !

Jean

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