Pauline

Pauline est venue à l'Arche en 1973 à l’âge de 40 ans. Elle était hémiplégique, épileptique, avec une jambe et un bras paralysés. Elle était exclue de l'école, elle n'avait pas le droit à la parole. Elle ne pouvait exprimer ses désirs. Elle était une déception et une honte pour sa famille. Elle était soi-disant débile, déficiente…



Pauline est venue à l'Arche en 1973 à l’âge de 40 ans. Elle était hémiplégique, épileptique, avec une jambe et un bras paralysés. Son corps était devenu disgracieux.

40 ans d'humiliations.

Pendant ses premières années à l'Arche, elle était remplie de violence et de rage. Au fond, ses colères et ses violences étaient compréhensibles ; durant des années elle avait été considérée comme n'ayant pas de valeur. Elle était soi-disant débile, déficiente… Elle était exclue de l'école, elle n'avait pas le droit à la parole. Elle ne pouvait exprimer ses désirs. Elle était une déception et une honte pour sa famille. On comprend dès lors ses colères. Elles étaient un cri pour vivre, pour être elle-même. Elle n'était pas une honte, elle était une personne humaine qui avait le droit de vivre.

La découverte de son unicité

Il ne lui suffisait pas d'être comprise, écoutée et respectée. Il lui fallait découvrir où et comment elle était unique, quelle place elle pouvait avoir dans la communauté et quels étaient ses dons. Elle n'aimait pas beaucoup le travail dans nos ateliers. Avec son bras paralysé, elle avait des difficultés particulières ; elle était cependant fière d'avoir un bon rendement dans nos ateliers de sous-traitance. Elle a surtout découvert sa place dans les célébrations, au foyer et dans la communauté. Elle aimait chanter et danser. Elle était au cœur de toutes les fêtes et elle en était si heureuse.
Avec le temps, elle a pu choisir un autre foyer, choisir ses meubles et la décoration de sa chambre. Avoir un désir, faire un choix, avoir un projet… tout cela lui a permis de reconnaître qu’elle était quelqu'un et qu’elle avait une place dans la communauté. A un moment donné, est né en elle le désir de mieux connaître Jésus. Elle a demandé le baptême ; elle a découvert qu’elle était véritablement aimée de Jésus, qu'elle était quelqu’un pour Dieu. Elle pouvait vivre une relation importante avec lui. Elle pouvait prier pour l'Arche, pour ses amis et même sa famille et surtout pour ses nièces.
Ses colères cependant sont revenues vers la fin de sa vie quand ses jambes ne supportaient plus le poids de son corps. Il lui fallait un fauteuil roulant, elle perdait ainsi une certaine autonomie. Elle avait constamment besoin d’une assistante pour l'aider à se vêtir, à se coucher, à prendre une douche, etc…

Un chemin vers la maturité

Elle avait du mal à accepter ce deuil de l'autonomie ; cela lui a pris du temps pour découvrir les mots magiques « j'ai besoin de toi » – des mots qui lient, qui rapprochent les gens, des mots au cœur de l'amitié, de la communauté et de l'Église. Nous avons besoin les uns des autres.
J'allais parfois la voir dans son foyer. Elle me sentait fatigué, elle mettait sa main sur ma tête en disant : « pauvre vieux ». De la honte d’elle-même elle a progressé petit à petit vers une sagesse de vie, vers la maturité d'une femme merveilleuse, pleinement elle-même. Ce progrès a pris beaucoup de temps. Quelqu'un qui a subi 40 ans de mépris prend beaucoup de temps pour découvrir sa beauté et ses valeurs.
Pauline a pu cheminer vers cette maturité parce qu'elle vivait dans une communauté où elle a trouvé sa place, où elle a découvert qu'elle était aimée et appréciée par beaucoup de personnes différentes. Les assistants qui vivaient avec elle dans la communauté ont, eux aussi, cheminé vers une maturité et une sagesse humaine.

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